Photo Eric Tabuchi
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L’ESPACE DU VIDE
Christophe Cuzin, Jochen Dehn et Stephen Loye

Exposition du 18 avril au 08 juin 2014

Premier jour de mon­tage : des cen­tai­nes de mètres de tas­seaux de bois, des dizai­nes de feuilles de pla­co­plâ­tre, des litres de pein­ture indus­trielle sont réunis et pour­tant, le titre de l’expo­si­tion qui se pré­pare, L’espace du vide reven­di­que une idée a-priori très dif­fé­rente de cette accu­mu­la­tion. On le sait, le vide est indis­so­cia­ble du plein, il n’existe qu’au regard de ce der­nier. Il faut par­fois le rem­plir, le com­bler pour reconnai­tre son exis­tence. Une inté­gra­tion tout en rete­nue, le vide répon­dant à un juste équilibre, une har­mo­nie fra­gile.
L’inves­tis­se­ment phy­si­que, tem­po­rel ou encore maté­riel, même s’il est réel, ne doit appa­rai­tre à aucun moment osten­si­ble, ni quan­ti­fia­ble. De la même manière que les jar­dins zen ins­pi­rent un sen­ti­ment de plé­ni­tude à tra­vers une concep­tion dépouillée et mini­ma­liste.

L’espace du vide de Christophe Cuzin, Jochen Dehn et Stephen Loye est ainsi loin d’être inerte, même s’il n’est investi que par les marges, en bor­dure. ll y a en effet une forme d’élégance et de dis­cré­tion chez les deux pre­miers artis­tes notam­ment qui les condui­sent à consi­dé­rer avant tout le contexte, de s’y adap­ter plutôt que le contrain­dre à un quel­conque projet. Ils tra­vaillent de façon sys­té­ma­ti­que avec l’exis­tant, en l’occur­rence l’archi­tec­ture du centre d’art pour Christophe Cuzin et l’envi­ron­ne­ment plus social pour Jochen Dehn.

Christophe Cuzin est à la fois pein­tre, des­si­na­teur et cons­truc­teur. Il a guidé son inter­ven­tion en fonc­tion des carac­té­ris­ti­ques pro­pres au lieu : la hau­teur sous pla­fond, le volume global mais aussi la pré­sence sys­té­ma­ti­que de cimai­ses lon­geant les murs por­teurs. Des cimai­ses qui, selon les dis­po­si­tifs d’expo­si­tions clas­si­ques, ont été conçues comme des écrans, des récep­ta­cles pour les oeu­vres. Mais Christophe Cuzin n’inter­vient pas là où on devrait l’atten­dre. C’est pour­quoi il a décidé d’inter­ve­nir dans les inters­ti­ces et non sur les sur­fa­ces d’expo­si­tion elles-mêmes. Dans l’espace d’entre-deux, qu’il révèle en le cou­vrant de pein­ture, une teinte par feuille de plâtre uti­li­sée. Une com­po­si­tion géo­mé­tri­que aléa­toire de cou­leurs vives qui finit par englo­ber tout l’espace d’expo­si­tion. Les cou­leurs irra­diant bien au-delà de leurs sur­fa­ces. La marge conta­mi­nant le centre.

Ce mou­ve­ment consis­tant à mettre en lumière les zones obs­cu­res, fron­ta­liè­res, délais­sées, est également une des cons­tan­tes des démons­tra­tions pro­po­sées par Jochen Dehn. L’artiste, qui pro­duit peu d’objets, conçoit des per­for­man­ces met­tant en situa­tion des rai­son­ne­ments, des déduc­tions élaborés à partir d’infor­ma­tions que l’artiste col­lecte direc­te­ment ou indi­rec­te­ment. Des infor­ma­tions le plus sou­vent ano­di­nes au regard d’un récit plus vaste qu’il évacue volon­tai­re­ment. Car l’his­toire, dont il puise des bribes, l’inté­resse fina­le­ment assez peu, ce qui le motive plutôt, c’est la manière dont l’anec­dote, la rumeur vien­nent com­bler le vide créé par l’incer­ti­tude. Non sans humour, Jochen Dehn décor­ti­que ces réseaux fic­tion­nels sou­ter­rains, selon des pro­cé­du­res autant scien­ti­fi­ques que poé­ti­ques. Quoique, cer­tai­ne­ment plus poé­ti­ques que scien­ti­fi­ques. Car pour Jochen Dehn, l’inven­ti­vité va de paire avec le bri­co­lage, et la dimen­sion empi­ri­que qu’elle impli­que.

Le carac­tère absurde de ces expé­rien­ces n’est pas sans rap­pe­ler le monde à la fois déses­péré et comi­que décrit par Stephen Loye dans ses vidéos. Un monde habité par des êtres (inter­pré­tés par l’artiste) désem­pa­rés face à une réa­lité qui se draine de son sens. Il pré­sente pour l’expo­si­tion un film inti­tulé Et.

Et comme la volonté émouvante de repen­ser les sur­fa­ces de contacts, qui nous lient aux autres et nous main­tien­nent en équilibre dans l’espace du vide qui par­fois nous sub­merge.

Solenn Morel