Photo Élodie Lecat
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Photo Élodie Lecat
Rock & Folk
Elodie Lecat

Exposition du 21 au 23 mars 2014

Élodie Lecat a initié, l’année dernière, un pro­gramme de rési­dence dans une maison de famille à Pelvoux (à une quar­an­taine de kilo­mètres d’Embrun). Pour cette première ses­sion, qui a eu lieu en juin, elle a invité des artistes à vivre et tra­vailler, ensemble ou séparé­ment, pen­dant une semaine.

Seulement, con­traire­ment aux usages habituels, la rési­dence elle-même allait con­stituer une expéri­ence artis­tique. Élodie Lecat, ini­ti­atrice du projet et artiste, a en effet réuni des par­tic­i­pants aux tra­jec­toires dif­férentes, deux plas­ti­ciens (Clöde Coulpier et Nancy Kau) et deux comé­di­ennes (Sophie O’Byrne et Anna Rice) choisis notam­ment pour le «poten­tiel nar­ratif» qu’allait induire leur présence. Pendant tout le temps du séjour, elle les a ainsi filmés et pho­tographiés (tout comme Clöde Coulpier et Nancy Kau dont on retrouve un cer­tain nombre de leurs clichés dans l’expo­si­tion), du matin au soir, du petit déje­uner aux longues balades quo­ti­di­ennes. Elle a puisé dans ce con­texte, qu’elle a elle-même déter­miné, la matière de son expo­si­tion, quelque chose d’à la fois âpre et sen­ti­mental. Rock&Folk ou la ren­contre entre la rugosité des rocs et la douceur mélan­col­ique des prom­e­nades au grand air. Car si on imagine l’artiste porter un regard tendre et bien­veil­lant sur ses per­son­nages, elle n’entre à aucun moment en inter­ac­tion avec eux. Comme si elle était com­plète­ment extérieure à cette his­toire, selon les principes pro­pres au doc­u­men­taire nat­u­ral­iste. L’économie de moyens au ser­vice de l’inter­pré­ta­tion plutôt que du com­men­taire.

Mais ces films présen­tent des comé­diens en action. Comment le spec­ta­teur peut-il déter­miner ce qui est de l’ordre du jeu ou d’un instant volé ? Quand sont-ils en représen­ta­tion, quand sont-ils eux-mêmes ? Peut-on se fier à eux ? Elodie Lecat n’apporte aucune réponse. Elle ne choisit d’ailleurs pas entre fic­tion et doc­u­men­taire, et main­tient l’ambiguïté en planant sur ces hôtes comme une ombre invis­ible. C’est cer­taine­ment dans cette incer­ti­tude, dans ce trouble, que provient la pléni­tude de ces images en mou­ve­ment. Des images du quo­ti­dien d’où peut surgir, à tout moment, la beauté.

Solenn Morel