Photo Eric Tabuchi
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FOUDRE SUR CONIFERE
Jérémie Gindre

Exposition du 19 septembre au 16 novembre 2014


Jérémie Gindre a le goût du détail. Un détail a priori insignifiant mais déclencheur, qu’il va creuser pour en faire une his­toire. Foudre sur conifère com­mence ainsi, par un titre qui sonne plat mais qui fait du bruit. Ce pour­rait être celui d’une comédie sen­ti­men­tale, mais non. Pas d’his­toire d’amour entre un sapin et un éclair, juste un coup de foudre au sens lit­téral du terme, et surtout l’image qu’il évoque. Même si chez Jérémie Gindre les choses ne sont jamais si claires. Il n’hésite pas en effet à opérer des glisse­ments de sens pour le moins auda­cieux, ni à scruter dans le ter­ri­toire les man­i­fes­ta­tions de com­porte­ments les plus divers. C’est ainsi que l’éboulement devient, par exemple, une métaphore de l’émotion. Entre le sens propre et le figuré, il n’y a sou­vent qu’un pas, que Jérémie Gindre effectue avec délec­ta­tion, aidé par le regard amusé et acéré qu’il porte sur les choses de la vie, à la fois simple et dis­tancié, appliqué mais sans fior­i­t­ures.

Une cer­taine sécher­esse que l’on retrouve dans la mise en forme de Foudre sur conifère, une expo­si­tion ni dra­ma­tique, ni spec­tac­u­laire. On retient l’essen­tiel : l’incar­na­tion des change­ments rad­i­caux en milieu naturel. Qu’ils soient liés à des acci­dents — glisse­ments de ter­rain, feux de forêts, inon­da­tions — ou plan­i­fiés par l’exploita­tion du paysage — sta­tions de ski, camp­ings, lacs arti­fi­ciels — ces change­ments sont représentés, évoqués ou dis­séqués au travers de séries de dessins, de tableaux-textes, de pan­neaux en bois gravés et d’objets prélevés dans la réalité. L’anec­dote grandiose ou les faits établis nous décrivent des catas­tro­phes que l’on frôle, des risques que l’on entrevoit, sans jamais toute­fois les appréhender véri­ta­ble­ment. Pas de grandes his­toires dra­ma­tiques, juste des instan­tanés de ces moments où les choses changent, le récit de la con­ver­sion sou­vent bru­tale d’un état à un autre. Car Jérémie Gindre est un chas­seur de tor­nades imag­i­naires. Ce n’est pas tant qu’il évite la con­fronta­tion au réel - il y puise au con­traire une pré­ci­sion toute sci­en­tifique – mais la nar­ra­tion, les modes de trans­mis­sion, l’intéressent encore d’avan­tage. C’est ainsi qu’il puise ses idées au cours de prom­e­nades, de ses ren­con­tres et surtout de ses lec­tures — la lit­téra­ture améri­caine essen­tielle­ment, mais aussi les ouvrages his­toriques, sci­en­tifiques et, beau­coup, les guides touris­tiques. Pour cette expo­si­tion, Jérémie Gindre pointe du doigt une var­iété de phénomènes liés à la con­quête du ter­ri­toire, et ceux qui lui résis­tent. Une nou­velle fois, il opère un grossisse­ment, éclaire dif­férem­ment les choses con­nues et montre celles en hors-champ, cher­chant avant tout à créer des frot­te­ments, des étincelles. Entre la géologie et le canoë, le texte et l’image, le propre et le figuré, le léger et le grave, le décor et les per­son­nages, il établit une série de sys­tèmes qui nous racon­tent une approche sen­sible du paysage.

Solenn Morel