Photo Eric Tabuchi
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Photo Eric Tabuchi
UTOPARK
Eric Tabuchi

Exposition du 17 avril au 13 juin 2015


BIENVENUE A UTOPARK !

OUBLIEZ LES NOTIONS ADMISES D’UN ENVERS
ET D’UN ENDROIT.
ENTREZ DANS LES IMAGES ET LAISSEZ VOUS
EMPORTER DANS UNE RÉALITÉ NOUVELLE.

Bande-annonce.
Entre réalité et fic­tion, auto­bi­ogra­phie et recom­po­si­tion, UTOPARK, par son titre, évoque des images liées au cinéma et à la lit­téra­ture d’antic­i­pa­tion, à l’uni­vers des parcs à thèmes aban­donnés autant qu’aux fic­tions archi­tec­turales des expo­si­tions uni­verselles. UTOPARK est une dystopie rétro-futur­iste comme si le Pays des merveilles d’Alice avait muté avec le jardin d’enfants de Tchernobyl ou les décors oubliés d’une série B.

Il s’agit ici du premier volet. Eric Tabuchi envisage en effet UTOPARK comme un ter­ri­toire expéri­mental con­tenant le principe de son évolution dans le temps autant que dans l’espace. Imaginer de nou­veaux décors du réel. C’est d’ailleurs peut-être le propre d’une expo­si­tion :
recom­poser ici des mondes qui exis­tent là-bas. Comme une ville recon­sti­tuée pour les besoins d’un film tourné en plein désert.

Dans UTOPARK, on trouve ainsi, ça et là : un por­tail - peut-être celui de Graceland, la villa d’Elvis Presley, une statue de Lénine, ou du moins sa struc­ture, un squelette de brise-lame gainé de simili cuir, des cubes évidés, une cité de cartes et beau­coup d’images - des agran­disse­ments de pho­togra­phies pour la plu­part trou­vées sur l’internet. On cir­cule dans un chaos ordonné, fac­tice, sans pro­fondeur, une façade lais­sant place à une autre façade pour idéale­ment accéder à une per­cep­tion autre de nous-même. Le lieu est inté­grale­ment rempli mais d’espaces vides, les vol­umes n’étant que mem­branes, par­avents, bulles spécu­la­tives. Telle une attrac­tion foraine, UTOPARK est démontable et trans­portable. C’est ce principe de légèreté qui en est la con­di­tion première et c’est peut-être en cela que cette expo­si­tion ren­voie la pho­togra­phie comme moyen de con­denser le monde dans une mem­brane ultra-mince et peut-être juste illu­sion.

Dans ce dédale, les images appa­rais­sent comme des fan­tômes du passé, elles en con­stituent les parois, lit­térale­ment. On devine des con­struc­tions, des chantiers mais l’agran­disse­ment des pho­togra­phies basse déf­i­ni­tion glanées au hasard de nav­i­ga­tions virtuelles rend nombre de détails insai­siss­ables. La neu­tralité, l’objec­tivité avec laquelle Eric Tabuchi pre­nait ses sujets, quand il les pho­tographiait lui-même, n’est plus de mise. Longtemps, en effet, il a arpenté inlass­able­ment les routes comme ses ainés améri­cains parmi lesquels Lewis Baltz qu’il cite régulière­ment. Avec une con­trainte cepen­dant : se lim­iter à un rayon de 250 km environ autour de Paris, entre quartiers pavil­lon­naires et zones indus­trielles. Il y a inven­torié : des tas de toutes sortes, des usines, des petites ruines, des enseignes pub­lic­i­taires… autant de curiosités ordi­naires, signes de la coex­is­tence de l’ailleurs avec l’ici. Désormais, cette pra­tique de l’errance, de la col­lecte, se déroule en basse réso­lu­tion, Eric Tabuchi l’a sim­ple­ment déplacée dans l’espace du web, ce lieu sans fron­tières, sans lim­ites. Il classe et regroupe ensuite les images puisées, sous la forme de sites comme Atlas of Forms ou Utopark con­sti­tuant ainsi la micro-république d’une dias­pora soli­taire.

Cette dualité, qui obsède tou­jours l’artiste d’origine nippo-danoise, se traduit à travers la con­cep­tion souple et mod­u­lable de ses sculp­tures-instal­la­tions. A la manière des pionniers améri­cains qui con­stru­i­saient de légères maisons en bois dans un con­texte où l’idée de séden­tarité était encore toute rel­a­tive. Le monde qu’il décrit est ainsi mobile, en per­pétuel mou­ve­ment. Il ren­voie à un sen­ti­ment de pré­carité dont le corol­laire ent­hou­si­aste serait la lib­erté. Ces images, mêmes si elles sont liées aux formes du bâti, représen­tent des états inter­mé­di­aires, entre con­struc­tion et dis­pari­tion. Des formes de l’entre-deux qui per­me­t­tent de voir la mécanique fragile et astu­cieuse des choses. Par effet de miroir, UTOPARK révèle aussi les coulisses de sa con­cep­tion, l’envers du décor. Réversible, l’expo­si­tion per­turbe ainsi les notions de champ et de hors-champ, de recto et de verso. Parmi les sculp­tures et instal­la­tions, Eric Tabuchi présente des maque­ttes et esquisses pré­fig­u­rant le show car au fond ce qui compte pour lui n’est pas tant la des­ti­na­tion que les péripéties qui y con­duisent.
Paradoxalement UTOPARK, plus qu’un lieu, est une expéri­ence, enfin le récit de cette expéri­ence. Dans cette con­trac­tion spatio-tem­porelle, l’expo­si­tion dis­sèque les formes et les images pour en révéler la struc­ture. Et non sans humour - car si l’expo­si­tion est empreinte d’une cer­taine gravité - les rap­ports d’échelle mis à mal, et les rela­tions tau­tologiques entre notam­ment les pho­togra­phies de bâti­ments et les struc­tures archi­tec­turales qu’elles con­tribuent à con­struire, par­ticipent à créer des con­di­tions de jeux, réé­val­uant les rela­tions entre l’homme et les objets.

Solenn Morel