L’espace du vide
Jochen Dehn

Jeudi 17 avril 2014


En absence de l’artiste le soir du ver­nis­sage, il fait par­ve­nir par l’inter­mé­diaire de la direc­trice, des let­tres à des habi­tués du centre d’art, témoi­gnant de son atten­tion et de sa curio­sité envers eux.


Bonsoir Carole ,

Nous ne nous sommes jamais ren­contrés et encore une fois ce soir, je suis loin de vous. Je suis à Hambourg et je pense à vous.

J’aime­rais que vous ima­gi­nez d’être sur une plage, une plage vaste et grise de la Mer du Nord. A envi­ron 200 mètres de vous, il y a une colo­nie de muet­tes qui se repo­sent. Ce sont mille ou deux mille indi­vi­dus. Vous avez deux options pour deve­nir invi­si­ble grâce à eux.

Soit vous courez aussi vite que pos­si­ble vers le centre de cette colo­nie au repos, pour que les muet­tes s’envo­lent et rem­plis­sent l’air autour et au-dessus de vous avec des mou­ve­ments aussi chao­ti­ques que ceux des pigeons qu’on voit sur la place San Marc à Venise si un tou­riste sort son revol­ver et tire au soleil.

L’autre option est d’avan­cer tel­le­ment len­te­ment qu’aucu­nes d’elles ne s’envole à cause de vous. Je serais content de savoir laquelle des deux options vous pré­fé­rez.

Je serais content de vous ren­contrer au début de l’été.

Bien à vous,

Jochen Dehn