Photo Eric Tabuchi
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Les Flottants
Cécile Bart

Du 18 septembre au 07 novembre 2015


Quand Cécile Bart m’a appris que son expo­si­tion per­son­nelle au centre d’art con­tem­po­rain Les Capucins s’inti­t­ulerait Les flot­tants, j’ai immé­di­ate­ment fait le rap­proche­ment avec les revenants, ces esprits errants que l’on retrouve notam­ment dans le cinéma ou la lit­téra­ture fan­tas­tique. L’effet de con­so­nance, je l’admets, a cer­taine­ment beau­coup joué dans cette cor­réla­tion peu évidente, pour­tant elle installe, il me semble, un climat, quelque chose d’évanescent qui pour­rait décrire les inter­ven­tions spa­tiales de l’artiste. Passons sur la crainte que peu­vent sus­citer de telles appari­tions, car les pièces de Cécile Bart revê­tent une apparence autrement plus séduisante, elles con­ser­vent cepen­dant un car­ac­tère irré­solu, non définitif, et ce malgré la remar­quable con­stance de l’artiste. C’est cer­taine­ment dans ce hiatus que se joue une grande partie de son tra­vail – un tra­vail sériel, rad­ical, min­i­mal­iste, et reposant pour­tant sur des com­posants extrême­ment insta­bles, frag­iles, comme des effets de trans­parence, de lumière, des vari­a­tions de couleurs…

Depuis une trentaine d’années en effet, elle con­sacre une part impor­tante de sa pro­duc­tion à des pein­tures-écrans, des voiles de Tergal « Plein Jour », tendus sur des châssis métalliques, imprégnés de pein­ture puis essuyés afin de préserver la rel­a­tive trans­parence du tissu. Accrochés au mur, sus­pendus dans l’espace, ou installés au sol, ces écrans révè­lent, en fonc­tion de leur accrochage, d’infimes vari­a­tions ren­dant per­cep­tible la nature sen­sible des matériaux et de leur rela­tion au con­texte. Ainsi très sou­vent par effet de trans­parence, ils se con­fondent avec l’archi­tec­ture, appa­rais­sant davan­tage comme des éléments de décor, que comme sur­faces de réflexion autonomes. Leur présence dans l’espace, à la fois forte et autori­taire, con­traig­nant par­fois physique­ment le spec­ta­teur, est aussi har­monieuse et limpide, s’immisçant par­fois jusque dans les moin­dres recoins de l’espace, à l’image des toiles tis­sées par les araignées. On peut les retrouver incon­fort­able­ment installés, de guin­gois contre un mur, à cheval entre deux fenêtres ou à même le sol, des ter­ri­toires générale­ment peu investis par les artistes. À la manière des esprits errants précédem­ment évoqués, Cécile Bart main­tient ses œuvres dans un état de sus­pen­sion, de grande disponi­bilité, afin qu’elles s’adaptent et se réin­ven­tent lors de chaque nou­velle expo­si­tion, sans jamais se fixer dans aucun dis­positif définitif.

Pour le centre d’art con­tem­po­rain Les Capucins, elle choisit de présenter ses écrans au sol, légère­ment surélevés sur des cales, bas­cu­lant ainsi à l’hor­i­zon­tale la lec­ture habituelle­ment frontale de la pein­ture. Les effets de trans­parence, ici, sont à peine per­cep­ti­bles. On ne rentre pas dans le tableau comme sou­vent dans les expo­si­tions de l’artiste, mais on sur­plombe et con­tourne un paysage « flot­tant » com­posé par l’ensemble des sur­faces col­orées. Les œuvres à la fois autonomes et décors, réc­on­cilient ainsi l’absolu et le frag­ment, et s’affir­ment comme point de liaison, comme inter­mé­di­aire entre les vis­i­teurs et le lieu.

Solenn Morel