Photo Eric Tabuchi
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End of Year Show II
Lou-Andréa Lassalle

Avec la participation des classes de CE1/CE2 de l’école Pasteur et CM2 de l’école Cézanne (Embrun)

Exposition du 05 décembre 2015 au 03 jan­vier 2016


Lou-Andréa Lassalle est l’artiste invitée pour cette troisième édition du Noël de l’Art, par­cours d’art con­tem­po­rain dans le centre-ville d’Embrun. À cette occa­sion, elle a conçu une série d’expo­si­tions inti­t­ulée End of Year Show II, qui se déploie dans des bou­tiques, fer­mées durant cette période hiver­nale, ainsi qu’un spec­tacle à l’Arsenal de Mont-Dauphin, Les Brûleurs de Dauphins. Mais nou­veauté cette année, ce projet a été mené dans le cadre d’une rési­dence d’artiste en milieu sco­laire à Embrun et Eygliers. Les réal­i­sa­tions présen­tées sont ainsi le fruit d’une étroite col­lab­o­ra­tion entre l’artiste et les enfants qui ont par­ticipé à ses ate­liers.

Début octobre, elle arrive dans les Hautes-Alpes et entame une série d’inter­ven­tions auprès de deux classes pri­maires à Embrun et d’une classe à Eygliers. Elle com­mence par leur présenter une série d’images col­lec­tées d’Embrun et de Mont-Dauphin, quelques esquisses, et l’amorce d’une his­toire : la recon­sti­tu­tion d’une bataille entre des loups et des dauphins. Sous cet angle fan­tas­tique, l’artiste invite ses inter­locu­teurs à regarder autrement le pat­ri­moine archi­tec­tural qui les entoure. Comment tel édifice, telle porte, tel orne­ment, tel bas-relief, telle fontaine, qu’ils croisent quo­ti­di­en­nement, peu­vent ainsi devenir le décor d’un récit imag­i­naire.

Les choses com­men­cent sou­vent ainsi dans le monde par­al­lèle qu’élabore minu­tieuse­ment Lou-Andréa Lassalle: par la ren­contre du réel et de l’imag­i­naire, par la ren­contre d’un ter­ri­toire et tout ce qui le com­pose - son his­toire, son archi­tec­ture, ses légendes - avec des per­son­nages sym­bol­iques et leurs fan­tômes qui vien­nent l’inve­stir le temps d’une expo­si­tion ou d’une per­for­mance. End of Year Show I, lit­térale­ment le spec­tacle (ou l’expo­si­tion) de fin d’année, réu­nis­sait déjà en 2012 une galerie de por­traits, représentés à travers des maque­ttes d’archi­tec­tures et des éléments de décor. Une réu­nion de famille en somme, comme il s’en organise un peu partout à cette période de fin d’année. Il y avait la mère représentée par une maquette de cité ouvrière, la fille par une serre indus­trielle, ou encore le cousin par un block­haus. Chacun incarné par un référent archi­tec­tural - illus­trant de façon plus ou moins métaphorique un trait de car­ac­tère, un passe-temps, ou encore une obses­sion. Ensemble, ils com­posent une organ­i­sa­tion par­faite­ment hiérar­chisée que Lou-Andréa Lassalle nomme sa cos­mogonie.

Pour End of Year Show II, les mem­bres de sa famille cèdent pour la première fois la place à des créa­tures mi-humaines, mi-ani­males : des dauphins trac­tant des chars ou encore des loups arbo­rants de somptueux cos­tumes par exemple - traduisant cette manière dont les enfants dessi­nent ou fig­urent naturelle­ment les ani­maux avec des attributs humains.

L’animisme vient ainsi naturelle­ment pro­longer l’anthro­po­mor­phisme dans ce projet. Les êtres con­tin­uent bien-sûr d’être fig­urés par des objets, des frag­ments d’archi­tec­tures, des morceaux de décors, mais les ani­maux, et leurs pro­jec­tions fan­tas­mées ren­trent en scène. Reprenant des dis­posi­tifs pro­pres au théâtre - larges pan­neaux ver­ti­caux, éclairage rasant, super­po­si­tion de tableaux col­orés - les expo­si­tions de Lou-Andréa Lassalle ressem­blent à des décors de spec­tacle sans spec­tacle. La nar­ra­tion ne l’intéresse guère, alors même que la fic­tion motive cha­cune de ses représen­ta­tions. C’est là peut-être que réside toute l’ambi­guité de sa démarche : inventer des sys­tèmes extrême­ment com­plexes de co-exis­tence entre des per­son­nages pré­cisé­ment décrits, en main­tenant pos­si­bles toutes ten­ta­tives d’inter­pré­ta­tion.

Solenn Morel