Les Brûleurs de Dauphins
Lou-Andréa Lassalle

Avec la participation de la classe de CE1/CE2 de l’école d’Eygliers

Dimanche 13 décem­bre 2015
Arsenal de Mont-Dauphin



Lou-Andréa Lassalle est l’artiste invi­tée pour cette troi­sième édition du Noël de l’Art, par­cours d’art contem­po­rain dans le centre-ville d’Embrun. À cette occa­sion, elle a conçu une série d’expo­si­tions inti­tu­lée End of Year Show II, qui se déploie dans des bou­ti­ques, fer­mées durant cette période hiver­nale, ainsi qu’un spec­ta­cle à l’Arsenal de Mont-Dauphin, Les Brûleurs de Dauphins. Mais nou­veauté cette année, ce projet a été mené dans le cadre d’une rési­dence d’artiste en milieu sco­laire à Embrun et Eygliers. Les réa­li­sa­tions pré­sen­tées sont ainsi le fruit d’une étroite col­la­bo­ra­tion entre l’artiste et les enfants qui ont par­ti­cipé à ses ate­liers.

Début octo­bre, elle arrive dans les Hautes-Alpes et entame une série d’inter­ven­tions auprès de deux clas­ses pri­mai­res à Embrun et d’une classe à Eygliers. Elle com­mence par leur pré­sen­ter une série d’images col­lec­tées d’Embrun et de Mont-Dauphin, quel­ques esquis­ses, et l’amorce d’une his­toire : la recons­ti­tu­tion d’une bataille entre des loups et des dau­phins. Sous cet angle fan­tas­ti­que, l’artiste invite ses inter­lo­cu­teurs à regar­der autre­ment le patri­moine archi­tec­tu­ral qui les entoure. Comment tel édifice, telle porte, tel orne­ment, tel bas-relief, telle fon­taine, qu’ils croi­sent quo­ti­dien­ne­ment, peu­vent ainsi deve­nir le décor d’un récit ima­gi­naire.

Les choses com­men­cent sou­vent ainsi dans le monde paral­lèle qu’élabore minu­tieu­se­ment Lou-Andréa Lassalle : par la ren­contre du réel et de l’ima­gi­naire, par la ren­contre d’un ter­ri­toire et tout ce qui le com­pose - son his­toire, son archi­tec­ture, ses légen­des - avec des per­son­na­ges sym­bo­li­ques et leurs fan­tô­mes qui vien­nent l’inves­tir le temps d’une expo­si­tion ou d’une per­for­mance. End of Year Show I, lit­té­ra­le­ment le spec­ta­cle (ou l’expo­si­tion) de fin d’année, réu­nis­sait déjà en 2012 une gale­rie de por­traits, repré­sen­tés à tra­vers des maquet­tes d’archi­tec­tu­res et des éléments de décor. Une réu­nion de famille en somme, comme il s’en orga­nise un peu par­tout à cette période de fin d’année. Il y avait la mère repré­sen­tée par une maquette de cité ouvrière, la fille par une serre indus­trielle, ou encore le cousin par un block­haus. Chacun incarné par un réfé­rent archi­tec­tu­ral - illus­trant de façon plus ou moins méta­pho­ri­que un trait de carac­tère, un passe-temps, ou encore une obses­sion. Ensemble, ils com­po­sent une orga­ni­sa­tion par­fai­te­ment hié­rar­chi­sée que Lou-Andréa Lassalle nomme sa cos­mo­go­nie.

Pour End of Year Show II, les mem­bres de sa famille cèdent pour la pre­mière fois la place à des créa­tu­res mi-humai­nes, mi-ani­ma­les : des dau­phins trac­tant des chars ou encore des loups arbo­rants de somp­tueux cos­tu­mes par exem­ple - tra­dui­sant cette manière dont les enfants des­si­nent ou figu­rent natu­rel­le­ment les ani­maux avec des attri­buts humains.

L’ani­misme vient ainsi natu­rel­le­ment pro­lon­ger l’anthro­po­mor­phisme dans ce projet. Les êtres conti­nuent bien-sûr d’être figu­rés par des objets, des frag­ments d’archi­tec­tu­res, des mor­ceaux de décors, mais les ani­maux, et leurs pro­jec­tions fan­tas­mées ren­trent en scène. Reprenant des dis­po­si­tifs pro­pres au théâ­tre - larges pan­neaux ver­ti­caux, éclairage rasant, super­po­si­tion de tableaux colo­rés - les expo­si­tions de Lou-Andréa Lassalle res­sem­blent à des décors de spec­ta­cle sans spec­ta­cle. La nar­ra­tion ne l’inté­resse guère, alors même que la fic­tion motive cha­cune de ses repré­sen­ta­tions. C’est là peut-être que réside toute l’ambi­guité de sa démar­che : inven­ter des sys­tè­mes extrê­me­ment com­plexes de co-exis­tence entre des per­son­na­ges pré­ci­sé­ment décrits, en main­te­nant pos­si­bles toutes ten­ta­ti­ves d’inter­pré­ta­tion.