Apéro doc n°18 / La photographie contemporaine
Jeudi 7 mai 2015

Andréas Gursky
De Sylvain Roumette
1999, 13 mins
Production : KS visions, La Sept-Arte, CNP
Participation : CNC, minis­tère de la culture et de la com­mu­ni­ca­tion (DAP).

A Düsseldorf où il fait ses études dans les années soixante-dix, Andreas Gursky, fils et petit-fils de pho­to­gra­phe, cher­che à donner à la pho­to­gra­phie en tant qu’inter­pré­ta­tion du réel une place qu’elle n’a pas dans l’art contem­po­rain, en Allemagne du moins : archi­tec­tu­res urbai­nes carac­té­ris­ti­ques de cette période, puis vastes pay­sa­ges où se per­dent des per­son­na­ges micro­sco­pi­ques. Depuis 1989, il choi­sit des sujets adap­tés à de très grands for­mats : des inté­rieurs d’usines moder­nes - il en choi­sit cinq sur une cen­taine visi­tées, les plus "uni­ver­sel­le­ment" lisi­bles -, une barre d’immeu­bles où l’on y voit "l’ency­clo­pé­die de la vie", ou encore des vitri­nes de chaus­su­res dis­po­sées tels des objets dans un musée, pour enfon­cer le clou du féti­chisme régnant dans notre société, à l’égard des biens de consom­ma­tion. C’est à l’aéro­port de Roissy qu’il réa­lise ses pre­miè­res pho­to­gra­phies digi­ta­li­sées, sup­pri­mant des détails "gênants" et les rem­pla­çant par d’autres. Pour l’hémi­cy­cle du Parlement alle­mand, pris en contre-plon­gée de l’exté­rieur, l’archi­tec­ture qua­drillée de la paroi de verre lui a permis un mon­tage de pho­to­gra­phies de jour, avec reflet sur les vitres, et de nuit, où l’inté­rieur appa­raît dis­tinc­te­ment. "Mais toutes mes photos ne sont pas retra­vaillées électroniquement, et on ne pourra pas dire les­quel­les le sont, les­quel­les ne le sont pas." Marc Guiga

Lewis Baltz
De Sylvain Roumette
1999, 13 mins
Production : KS visions, La Sept-Arte, CNP
Participation : CNC, minis­tère de la culture et de la com­mu­ni­ca­tion (DAP).

"Je ne me suis jamais consi­déré comme pho­to­gra­phe, ni senti lié à sa pré­ten­due his­toire. Je fais des photos, car c’est un moyen direct d’enre­gis­trer les choses, une forme de nota­tion visuelle." Né après-guerre en Californie du Sud, Lewis Baltz a com­mencé par saisir en noir et blanc, à la façon d’un anthro­po­lo­gue, ce qu’il voyait autour de lui : une urba­ni­sa­tion homo­gé­néi­sée en zones pavillon­nai­res, ultra­ra­pide, pous­sant au milieu de nulle part.
"Je ne vou­lais pas avoir de style. A la recher­che des signes les plus typi­ques, je vou­lais être le plus objec­tif pos­si­ble, en posant cepen­dant la ques­tion ’Est-ce un monde où les gens vont vrai­ment pou­voir vivre ?’" Lewis Baltz s’enfonce dans ce qu’il nomme "l’obs­cène", en pho­to­gra­phiant les ter­rains vagues, l’aban­don, le déchet. A partir de 1989, il trouve une impli­ca­tion sociale à son tra­vail. Influencé par une oeuvre de Bruce Nauman, il réa­lise "Generic Night Pictures", une série de cyba­chro­mes géants sur les villes euro­péen­nes la nuit, qu’il veut aussi sédui­sante que répul­sive. Fasciné par l’émergence des tech­no­lo­gies, la machine, "qui n’est pas exci­tante en soi, mais qui règne sur le monde", il livre des oeu­vres monu­men­ta­les dans les­quel­les le spec­ta­teur est immergé : "Rondes de nuit", à partir d’images de camé­ras de sur­veillance, et "The Silent Bodies", sur l’hôpi­tal en tant que site tech­no­lo­gi­que. "Ne rien révé­ler. La vérité, si vérité il y a, est tou­jours innac­ces­si­ble." Marc Guiga