Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Photo Philippe Munda
Le pas de l’embusqué
Eléonore Cheneau, Aurélie Ferruel & Florentine Guédon, Ronan Le Creurer et Josselin Vidalenc

Commissariat : Cécilia Becanovic et Solenn Morel

Le pas de l’embusqué - From 16 September 2016 to 5 November 2016

Exposition du 16 septembre au 5 novembre 2016
Vernissage le jeudi 15 septembre à 18h en présence des artistes



Le pas de l’embusqué, c’est avant tout le titre du très émouvant dessin réalisé en 1916 par Guillaume Apollinaire. Sur cette aquarelle d’une élégance folle, on voit le poète en habit mil­i­taire occupé à effectuer un large pas sur le côté, comme on bondit par sur­prise hors du bosquet où caché, on attendait de longues heures durant que quelque chose se passe et que se matéri­alise l’ennemi.

Ce projet rassemble deux com­mis­saires (Cécilia Becanovic et Solenn Morel) et cinq artistes (Eléonore Cheneau, Aurélie Ferruel & Florentine Guédon, Ronan Le Creurer, Josselin Vidalenc) et peut être perçu comme une atti­tude face à la vie: celle qu’une troupe de sol­dats choisirait pour approcher la nature dans un esprit de retrait ou de déser­tion. Le danger ou le trouble, loin de provo­quer une vio­lente rup­ture ou un décalage auda­cieux, ren­forceraient cet état d’immo­bilité phénomé­nale emprunté aux fasci­nantes stratégies de défense ani­males, que le monde cul­tivé évite ou copie.

Imaginons donc un énigmatique groupe, proche de celui que nous montre le film La France réalisé par Serge Bozon, qui tra­verserait le paysage, adop­tant une posi­tion de défense sans querelle, un efface­ment mêlé de douceur et de volupté. Le dia­logue qui suit fic­tion­nalise nos échanges par un sys­tème de réécri­ture et met l’accent sur un aspect du pro­cessus de tra­vail. Ensemble, même habitués les uns aux autres, il nous sem­blait que nous pou­vions chacun être là sans être vus, parler sans donner à voir et surtout assumer une nature changeante comme la ges­ta­tion invis­ible et infinie de la pierre. Nous étions prêts à faire le pas de côté le plus vif et le plus inat­tendu pour révéler une fable qui soit comme une matière affec­tive un peu fragile, un peu poreuse ; une expo­si­tion sous l’influ­ence du grand air, avec sa néces­saire part de romanesque et d’aven­ture.

Héliodore : Béryl m’a envoyé l’autre jour deux images d’un mys­térieux per­son­nage en partie dis­simulé entre deux colonnes, vis­i­bles sur le flanc gauche de la cathé­drale Notre-Dame d’Embrun. J’en parle ici, car il me semble que chacun de vous l’a remarqué et lui a accordé de l’atten­tion. Ce per­son­nage est-il con­traint de se cacher par une volonté autre que la sienne ? Toujours est-il que sa sit­u­a­tion reflète une méta­mor­phose que la nature maîtrise par­faite­ment, tandis que l’être humain la désire et l’épouse de mille façons. Il sait en faisant cela qu’il défie sa propre nature et la con­tredit claire­ment.

Aventurine : Ce per­son­nage est l’image même du retrait, mais un retrait dynamique pro­duit par un état de vig­i­lance élevé associé à une disponi­bilité totale. Il peut ainsi saisir toute oppor­tu­nité si elle se présente. Oui, c’est l’inverse de la pas­sivité que tu évoquais Héliodore, dans notre précé­dent échange. J’imagine ainsi Le pas de l’embusqué comme une transe flo­rale, une promesse de muta­tion infinie, un état qui permet d’être ici et partout à la fois.

Béryl : J’ai vu des araignées de mer qui se recou­vrent d’algues, de coquil­lages et de pierres en piochant ces éléments dans leur envi­ron­nement immé­diat. Le pas de l’embusqué, c’est en effet une con­ti­nuité vis­ible/visuelle, une his­toire de corps humains et autres qui défie l’appar­te­nance à un seul règne… je m’appelle aussi FTTPM et tout ce qui m’entoure a une vie propre. Réveiller l’âme des choses permet de prof­iter de leurs bien­faits… je n’en finis pas d’exister.

Brunelle et Tourmaline : Nous ressen­tons sou­vent une sorte de mou­ve­ment con­tinuel qui nous empêche de poser nos valises, nos esprits et donc de nous con­cen­trer. Il nous appa­raît depuis quelques temps que pro­duire des œuvres est un moyen de mettre en mou­ve­ment des éléments, de les faire agir. Nous avons besoin de cette pro­duc­tion pour exister, de la même façon que ce per­son­nage a besoin de ces deux colonnes. La sculp­ture pour­rait ainsi être con­sid­érée comme un témoin. Et le masque à deux têtes, sur lequel nous tra­vail­lons, serait notre cam­ou­flage. L’une fait un pas, l’autre suit : une danse qui résume par­faite­ment le tra­vail en duo.

Zultanite : Pour ma part, je n’avais pas remarqué l’embusqué de la cathé­drale, mais je l’aime aussi. J’ai longtemps pré-senti (imaginé) qu’il y avait bien là un mys­tère dans la sig­ni­fi­ca­tion du mot voyant, dans cette idée de voir et être vu. Je me figure des lignes tirées de l’intérieur vers l’extérieur et inverse­ment. J’essaie d’en faire quelque chose sans éclat, des dessins qui ne per­cent pas le mys­tère, mais mar­quent l’évidence d’une telle opacité.

Almaze : J’ai com­mencé quelques tests avec des com­bi­naisons de cam­ou­flage (ghillie suit). Ce sont des mod­èles de survête­ments à franges qui, à l’image des « lam­beaux de peau » de la ras­casse, créent un dégradé de couleurs ren­dant dif­fuse et per­méable la sépa­ra­tion franche entre le corps de l’animal et le décor qui l’entoure. L’embusqué pour moi, c’est celui qui ne pense plus à la ville et semble avoir tou­jours été là, planqué dans les bosquets. Depuis com­bien de temps je l’imagine allongé au pied d’un orme ? De trois min­utes à trois saisons, ni lui, ni moi ne saurions le dire. Ce qui est notable, c’est que le feuil­lage du bois a changé plusieurs fois de ramures. Le vert des feuilles comme celui de la veste de l’embusqué viré au brun, telle­ment foncé par endroits qu’on l’eut dit brûlé, avec par­fois des éclats cassis mouillé. Cette gamme sourde de verts qui reve­naient à la terre, y retour­naient calme­ment, inquié­taient légère­ment l’embusqué…