Photo Philippe Munda
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BAUNO DEDE LESBANNEMADE
Aurélie Ferruel & Florentine Guédon

Avec la participation des classes de CP-CE1, CM1-CM2 de l’école Pasteur et CE2 de l’école Cézanne - Embrun

BAUNO DEDE LESBANNEMADE - Du 10 décembre 2016 au 8 janvier 2017

Exposition du 10 décem­bre 2016 au 08 jan­vier 2017
Vernissage samedi 10 décem­bre 2016 à 17h

Rendez-vous place Dosse devant l’Office du Tourisme. Visite des dif­fé­rents lieux de l’expo­si­tion avec les artis­tes.

En par­te­na­riat avec la Maison du berger (Champsaur-Valgaudemar)


Aurélie Ferruel et Florentine Guédon sont les artis­tes invi­tées pour cette qua­trième édition du Noël de l’Art, par­cours d’art contem­po­rain dans le centre-ville d’Embrun. À cette occa­sion, elles ont conçu une série d’expo­si­tions inti­tu­lée Bauno dede les­ban­ne­made, qui se déploie dans des bou­ti­ques, fer­mées durant cette période hiver­nale. Comme l’année der­nière, ce projet a été mené dans le cadre d’une rési­dence d’artis­tes en milieu sco­laire. Les réa­li­sa­tions pré­sen­tées sont ainsi le fruit d’une étroite col­la­bo­ra­tion entre les artis­tes et les enfants qui ont par­ti­cipé à ces ate­liers.

Quand Aurélie Ferruel et Florentine Guédon sont arri­vées début octo­bre, elles connais­saient déjà Embrun pour y avoir exposé un mois aupa­ra­vant. Elles en avaient pro­fité pour pren­dre quel­ques contacts, notam­ment auprès de ber­gers et de tis­se­rands. Il n’était en effet pas ques­tion pour elles d’inter­ve­nir sur ce ter­ri­toire sans en explo­rer les contours, ou plutôt les plis (enten­dus aussi comme reliefs pour cette région mon­ta­gneuse), ces lieux d’échanges et de trans­mis­sion. Là où tout com­mence, tout se crée, là où se cons­ti­tue le socle cultu­rel dont chacun hérite.
Elles ont ainsi ren­contré des habi­tants déten­teurs de savoirs et de gestes qui se per­pé­tuent au sein d’une com­mu­nauté. Pour ce projet à Embrun, elles ont eu très tôt l’intui­tion que la confec­tion de la laine et la nature des dif­fé­rents inter­ve­nants que cette filière regroupe, pour­rait nour­rir les ques­tions d’appar­te­nance sociale, cultu­relle mais aussi iden­ti­taire qu’elles ne ces­sent de poser depuis six ans qu’elles tra­vaillent ensem­ble.
En tant que filles et peti­tes filles de pay­sans, cou­tu­rière et émondeur, elles por­tent un regard par­ti­cu­liè­re­ment sen­si­ble et curieux sur ces hommes et femmes qui oeu­vrent à la pré­ser­va­tion mais aussi - et c’est ce qui les inté­resse par­ti­cu­liè­re­ment - au renou­vel­le­ment de ces pra­ti­ques ances­tra­les. Les tech­ni­ques évoluent bien-sûr, mais l’his­toire qu’elles racontent pour­suit tou­jours le même fil : on s’habille, on mange, on boit, on se recueille, on célè­bre des hommes, des dieux, on danse et on chante. Autant de rituels quo­ti­diens ou excep­tion­nels qui mar­quent une appar­te­nance à un col­lec­tif que l’on reconnait.

A mesure de leurs recher­ches ces der­niè­res semai­nes, Aurélie Ferruel et Florentine Guédon ont ainsi été orien­tées, grâce aux échanges nour­ris avec Guillaume Lebaudy (eth­no­lo­gue, direc­teur de la Maison du Berger, Champsaur-Valgaudemar) et Marie-Thérèse Chaupin (de l’ate­lier Laines d’Europe) vers les mar­ques lais­sées par les ber­gers, des des­sins ou des mots gravés dans la pierre, durant leurs longs séjours à veiller sur les trou­peaux de mou­tons. Témoignages intros­pec­tifs pour ces hommes confron­tés à la soli­tude, les graf­fi­tis sont aussi consi­dé­rés comme signa­tu­res, signes de reconnais­sance au sein d’une com­mu­nauté res­ser­rée.

Lors de cha­cune de leurs inter­ven­tions auprès des sco­lai­res, les artis­tes leur ont fait ainsi part de leurs décou­ver­tes, afin qu’ils puis­sent à leur tour nour­rir le projet laissé volon­tai­re­ment très ouvert au départ. Elles tenaient à par­ta­ger cet état de dis­po­ni­bi­lité néces­saire à la créa­tion. Avec une spon­ta­néité et un esprit de syn­thèse pro­pres aux enfants, ils ont ainsi opéré un rap­pro­che­ment formel fina­le­ment assez évident entre les mar­ques lais­sées par les ber­gers et les hié­ro­gly­phes. Hypothèse argu­men­tée par le fait que très pro­ba­ble­ment - d’après leurs pro­pres termes - les cons­truc­tions des pyra­mi­des auraient été moti­vées par l’absence de mon­ta­gnes en terre égyptienne ! C’est ainsi que l’ima­gi­naire de Bauno dede les­ban­ne­made allait pren­dre forme, en croi­sant les cultu­res, le dessin et l’écriture, le passé et le pré­sent, le loin­tain et le proche, le docu­men­taire et la fic­tion.

L’his­toire a ainsi conduit Aurélie Ferruel et Florentine Guédon à Turin pour visi­ter le musée de l’Egypte. Des reli­ques et les objets ras­sem­blés dans les tom­beaux des­ti­nés à être uti­li­sés par le défunt dans l’au-delà, ont par­ti­cu­liè­re­ment retenu leur atten­tion, pro­ba­ble­ment gui­dées par leur fas­ci­na­tion pour les objets de culte. Surtout ils leur ont rap­pelé le témoi­gnage de Pascaline Kropp, une ber­gère ren­contrée à Embrun. Elle leur avait en effet détaillé le contenu du sac à dos qui l’accom­pa­gne en mon­ta­gne. Elle y ras­sem­ble tout le néces­saire pour tra­vailler, se diver­tir et pal­lier aux moments de soli­tude dans cette vie ascé­ti­que. Poursuivant le rai­son­ne­ment des enfants, elles ont asso­cié la valeur sym­bo­li­que des objets « de tran­si­tion » égyptiens aux outils de Pascaline. Ces mêmes acces­soi­res que les ber­gers por­taient sur eux (des clous et plus rare­ment des cou­teaux) et uti­li­saient aussi pour témoi­gner de leur pas­sage dans ces terres iso­lées.

Bauno dede les­ban­ne­made, c’est une his­toire d’objets, de gestes et d’écritures sans cesse réin­ven­tée. Aurélie Ferruel et Florentine Guédon ne ren­dent en effet pas hom­mage aux formes issues du passé mais célè­brent le pou­voir des hommes à les trans­for­mer, à les rejouer. Les enfants l’ont d’ailleurs bien com­pris, nombre d’entre eux se sont pris au jeu d’ima­gi­ner une nou­velle langue dont Bauno dede les­ban­ne­made pour­rait en cons­ti­tuer les pre­miers bal­bu­tie­ments.

Solenn Morel