©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
©f.deladerriere
La liberté des liaisons
Matthieu Cossé, Florent Dubois, Eléonore False
La liberté des liaisons - From 30 June to 27 August

Exposition du 30 juin au 27 août 2017
Vernissage jeudi 29 juin 2017

Depuis plusieurs années figure, dans un de mes car­nets, une phrase de Novalis, relevée dans Les Fragments (1795-1800) : « La lib­erté que le poète a dans les liaisons, fait qu’il est illimité ». Intuitivement, j’aimais la manière dont l’auteur rap­prochait l’art de la com­bi­naison, de l’agence­ment qui implique des formes ouvertes et insta­bles, à l’idée de la lib­erté. Alors que j’ai arrêté de me poser la ques­tion de ce que serait un art libre - car juste­ment il échappe à toute déf­i­ni­tion - je me suis inter­rogée sur ses con­di­tions, ce ter­rain fer­tile dans lequel il pour­rait s’exercer, là où les pos­si­bles se con­cen­tr­eraient en nombre. Et le titre du recueil de Novalis lui-même appor­tait un éclairage : Les frag­ments, relatifs à cette forme qui trouve son accom­plisse­ment ailleurs que dans la finalité. C’est peut-être là que se situerait le ter­reau de l’art libre, dans ce désir de ne pas finir, de jouer encore et tou­jours. Quitte à ce que l’objet finisse par échapper en partie au con­trôle de son propre auteur et s’incarner dans une forme plurielle née d’inten­tions mais aussi d’intu­itions, de sur­prises et de hasards.

Enrique Vila-Matas, dans son récit Paris ne finit jamais, évoque la joie qu’il peut éprouver à ne pas saisir la sig­ni­fi­ca­tion de ce qu’il lit, à se con­fronter à l’ambiva­lence, l’équivoque voire au mys­tère. En lais­sant l’his­toire volon­taire­ment ouverte, le sens échappe également en partie aux auteurs. Pour autant, l’œuvre est con­struite et cohérente, à l’image d’un tableau de paysage de Monet, par exemple. J’y pense après en avoir fait l’expéri­ence récem­ment. Les touches de pein­ture aux couleurs con­trastées, isolées les unes des autres, fig­urent merveilleuse­ment un climat, par la vibra­tion sen­suelle de la lumière à travers le feuil­lage des arbres.

Je m’égare peut-être mais il me sem­blait que j’approchais, de la manière la plus syn­thé­tique, cette rela­tion com­plexe entre le frag­ment à la totalité, la dis­so­nance et l’har­monie. Et que penser de l’orne­ment - en dehors du cadre académique bien-sûr- qui vient se greffer arti­fi­cielle­ment sur une forme définie, sans autre fonc­tion que l’embel­lisse­ment?Le plaisir d’en faire plus relève t-il du geste libre ? A ce sujet, j’ai appris que le dessin des ailes de papil­lons ne répondait à aucun critère d’utilité, alors que tout por­tait à croire que la nature parce qu’elle est bien faite, réponde néces­saire­ment à des besoins spé­ci­fiques.

La pos­si­bilité d’en faire plus, sans for­cé­ment exercer ce pou­voir, serait-elle la con­di­tion de la lib­erté ? Il est par­faite­ment envis­age­able d’en faire moins et d’en éprouver une sat­is­fac­tion réelle, seule­ment ce plaisir serait con­di­tionné à un con­texte spé­ci­fique où toutes choses seraient pos­si­bles.

Alors que le poète exerce son art à travers la pos­si­bilité que lui offrent les liaisons, l’expo­si­tion réunit des artistes dont les pra­tiques relèvent d’uni­vers assez dif­férents. C’est une donnée plutôt courante dans la pro­gram­ma­tion du centre d’art con­tem­po­rain Les Capucins, qui priv­ilégie les ren­con­tres plutôt que les repas de famille. Cependant même s’il ne s’agit pas d’une expo­si­tion thé­ma­tique, les pra­tiques des artistes ici, relèvent d’intu­itions com­munes, notam­ment con­cer­nant l’art de la com­bi­naison. Libérés des pesan­teurs académiques, ils manip­u­lent les images, les trans­for­ment, les asso­cient, mul­ti­plient les sources d’inspi­ra­tion, et passent avec une facilité décon­cer­tante de la sculp­ture, au plan et l’inverse, sans que la fron­tière entre les deux soit par­faite­ment claire. Je pense notam­ment aux images rai­dies (des impres­sions sur sup­ports métalliques) d’Éléonore False et aux pein­tures murales et investis­sant les murs de Matthieu Cossé, qui habitent en effet véri­ta­ble­ment l’espace, mais aussi aux céramiques com­pos­ites de Florent Dubois qui sem­blent sortir tout droit d’un col­lage. Surtout per­siste une même impres­sion devant les oeu­vres de ces artistes : elles sem­blent sus­pendues comme si elles con­te­naient, active, la pos­si­bilité infinie des liaisons.

Solenn Morel


télécharger
Press release
( PDF, 495.4 kb)