Volume Spaghetti
Julien Tardieu
Volume Spaghetti - Du 2 décembre 2017 au 7 janvier 2018

Exposition du 2 décem­bre 2017 au 8 jan­vier 2018
Tous les jours de 17h à 22h

Vernissage samedi 2 décem­bre 2017 à 17h



Julien Tardieu est l’artiste invité pour cette cin­quième édition du Noël de l’Art, par­cours d’art contem­po­rain dans le centre-ville d’Embrun. À cette occa­sion, il a conçu une série d’expo­si­tions inti­tu­lée Volume Spaghetti, qui se déploie dans des vitri­nes et bou­ti­ques fer­mées durant cette période hiver­nale. Comme les années pré­cé­den­tes, ce projet a été mené dans le cadre d’une rési­dence d’artis­tes en milieu sco­laire. Les réa­li­sa­tions pré­sen­tées sont le fruit d’une étroite col­la­bo­ra­tion entre l’artiste et les enfants qui ont par­ti­cipé à ces ate­liers.

Au départ de Volume Spaghetti, il y a eu le dessin. Rien d’étonnant à cela quand on sait que pour Julien Tardieu, le dessin s’ins­crit dans une pra­ti­que quo­ti­dienne. Il rem­plit notam­ment des car­nets Moleskine de grilles, de trames, à l’inté­rieur des­quel­les des formes abs­trai­tes aux cou­leurs vives sem­blent flot­ter ou enfer­mées. L’ambi­guïté réside en partie dans ce sen­ti­ment double. La trame isole-t-elle la forme ou est-elle une sur­face de libre cir­cu­la­tion ? Le dessin est-il la varia­tion d’un même sys­tème cloi­son­nant les figu­res ou advient-il au fur et à mesure, guidé par l’intui­tion d’une cou­leur ou d’une courbe ?

Lors de ces ate­liers dans les écoles d’Embrun, Julien Tardieu a défendu cette double appré­hen­sion. Il a invité les enfants à inves­tir de gran­des feuilles de papier, de formes géo­mé­tri­ques sans qu’elles ne se tou­chent les unes les autres, en lais­sant planer le mys­tère sur les évocations que pro­dui­raient ces agen­ce­ments. Que peu­vent bien raconter des carrés, des trian­gles, des ronds réunis dans un même espace ? Inévitablement, on ima­gine des pay­sa­ges, des cartes rou­tiè­res, des vues aérien­nes. Un rec­tan­gle n’est-il pas la par­faite repré­sen­ta­tion d’une maison vue du ciel, et un cercle, d’une pis­cine pneu­ma­ti­que ?

Le dessin n’exige pas d’idées pré­conçues, seu­le­ment à pos­te­riori, selon le fameux test de Rorschach, on y décou­vre tou­jours ce que l’on veut y voir. Des cartes de chasse au trésor en l’occur­rence pour les enfants. C’est peut-être dans ce réser­voir infini de repré­sen­ta­tions que l’abs­trac­tion peut aussi se révé­ler fas­ci­nante, parce que par nature, elle est mul­ti­ple.

D’ailleurs, même si la trame est un motif récur­rent chez Julien Tardieu, on sent qu’à tout moment, il peut opter pour un autre sys­tème, suivre un autre chemin. Cette part d’incer­ti­tude, d’aven­ture même, est intrin­sè­que au dessin. Un trait en amène tou­jours un autre sans qu’il n’ait pu être anti­cipé. Il y a tou­jours quel­que chose qui échappe. Le dessin est davan­tage la trace d’un geste, qu’une image en soi. Il est un pro­ces­sus de pensée et non la simple pro­jec­tion d’idées.

Dans ses expo­si­tions, Julien Tardieu asso­cie sou­vent à ses des­sins des ins­tal­la­tions - des des­sins mis en espace, à l’échelle des lieux. Il a ainsi accom­pa­gné les enfants dans le pas­sage de la 2ème à la 3ème dimen­sion. Des effets de sur­face se jouent main­te­nant en volume. Concrètement, il s’agit de pan­neaux de bois décou­pés sur les­quels les enfants ont ins­crit des motifs sim­ples et colo­rés. Il y a quel­que chose de l’ordre de la mise en scène, avec le plai­sir simple qu’elle ins­pire, celui d’asso­cier des formes et des cou­leurs, comme dans n’importe quel jeu de cons­truc­tion. Certaines plan­ches tour­ne­ront d’ailleurs sur elles-mêmes comme un manège, ou plutôt elles se dan­di­ne­ront car le mou­ve­ment a volon­tai­re­ment été sac­cadé. Comme si le cours des choses n’était pas com­plè­te­ment réglé d’avance. Particulièrement pour le dessin. Ce qui me fait penser que les spa­ghet­tis seraient au dessin, ce que la purée serait à la pein­ture. Indépendamment de leur com­plexité mutuelle, les pâtes me sem­blent être une par­faite méta­phore de ces fils de pensée que tis­sent le des­si­na­teur. Enfin les spa­ghet­tis n’incar­nent-elles pas le plus jus­te­ment la réha­bi­li­ta­tion du sous-genre, en l’occur­rence celui du wes­tern ita­lien en réfé­rence à son grand-frère amé­ri­cain, en ôtant la glo­ri­fi­ca­tion des valeurs tra­di­tio­na­lis­tes au profit du second degré ?

Solenn Morel


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Volume Spaghetti - Dossier de presse
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