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Concepts, options et autres pantalons
Deborah Bowmann

Exposition du 13 avril au 02 juin 2018
Vernissage jeudi 12 avril 2017 à 18h



Deborah Bowmann n’est pas une femme, ni un homme d’ailleurs. Organisme aux contours fluc­tuants, elle est mul­ti­ple et foi­son­nante. Ceux qui l’ont croi­sée savent qu’elle recou­vre l’acti­vité de deux artis­tes, desi­gners, et com­mis­sai­res d’expo­si­tion qui se sont ren­contrés quel­ques années plus tôt à l’école des Beaux-Arts de Bordeaux, Amaury Daurel et Victor Delestre. Ils savent aussi qu’elle est une entité accueillante. Ponctuellement, d’autres sont invi­tés à y pren­dre part, des plas­ti­ciens, des arti­sans, des créa­teurs issus de la mode, de la musi­que, de la danse, selon la nature des expo­si­tions qu’elle engage à domi­cile ou à l’exté­rieur. Chez elle, c’est un espace d’expo­si­tion, une gale­rie d’art, un maga­sin autant qu’un lieu de pro­duc­tion et de vie, basé à Bruxelles. Une ensei­gne avec son nom sur­monte une vitrine. On y crée, on y expose, on y dort même.

En per­pé­tuel mou­ve­ment, cette entité s’élargit ou se contracte en fonc­tion des pro­gram­mes, des œuvres, des objets qu’elle conçoit, qu’elle réa­lise, qu’elle accueille, qu’elle dif­fuse, des com­man­des qu’elle satis­fait. Amaury Daurel et Victor Delestre disent d’elle qu’elle est une grande sculp­ture vivante. Elle bouge et en bou­geant, elle tend à réduire l’écart entre la com­mu­nauté que for­ment ces artis­tes-concep­teurs-pro­duc­teurs et le public auquel elle s’adresse. D’aucuns reconnaî­tront la marque d’un modèle économique alter­na­tif, le cir­cuit court. Deborah Bowmann efface les inter­mé­diai­res mais endosse ses habits, en l’occur­rence le cos­tume gris du ven­deur qui, avec ses pré­sen­toirs, et autres acces­soi­res sobres pro­duit le désir. Cependant, la pro­duc­tion osten­si­ble­ment arti­sa­nale du binôme, élève ces signes sup­po­sés de la dis­cré­tion, au rang des objets qu’ils ser­vent, qu’ils pré­sen­tent. La fonc­tion égale la déco­ra­tion, le design la sculp­ture. Deborah Bowmann n’évolue jamais uni­que­ment dans le monde de l’art, elle puise ses réfé­ren­ces chez les concep­teurs d’objets uti­li­tai­res, et se fau­file, non sans humour, dans le monde du com­merce, celui des gale­ries d’art mais aussi celui des grands maga­sins misant sur des stra­té­gies de séduc­tion grand public.

Les formes désin­car­nées, conte­nants plus que conte­nus, de l’expo­si­tion Concepts, options et autres pan­ta­lons, repo­sent sur un prin­cipe d’équivalence, qu’il s’agisse d’une machine à café, d’une paire de lunet­tes, d’un pan­ta­lon, ou encore d’une trom­pette…. Tous ces objets repré­sen­tés à l’état d’ébauche, ersatz arti­sa­naux de leurs équivalents indus­triels, sont gros­siè­re­ment sculp­tés et recou­verts d’un même blanc uni­forme. Les sculp­tu­res-pré­sen­toirs demeu­rent tout aussi fan­to­ma­ti­ques, tant le flo­cage gris anthra­cite qui les recou­vre gomme leurs sin­gu­la­ri­tés. Ce théâ­tre d’ombres ne met pas en scène des objets mais ce qu’il en reste, des signes sté­réo­ty­pés. Quelques cour­bes évoquent à elles seules là une trot­ti­nette, ailleurs un cha­peau. L’arti­sa­nat paro­die ici le ratio­na­lisme indus­triel. Concepts, options et autres pan­ta­lons est le pen­dant obscur de Deborah Bowmann, la lumi­neuse, une cri­ti­que à peine dis­si­mu­lée d’un sys­tème économique qui épuise les dif­fé­ren­ces, les spé­ci­fi­ci­tés, les poro­si­tés alors même qu’il pré­tend les renou­ve­ler, les réin­ven­ter en s’appro­priant la figure de l’artiste comme un label de qua­lité, une garan­tie de créa­ti­vité. Plutôt que de se sou­met­tre à un modèle qui la débor­dera, Deborah Bowmann émet l’hypo­thèse d’un autre sys­tème qui conju­guera pro­duc­tion et dif­fu­sion, au béné­fice des créa­teurs, et de leur auto­no­mie, condi­tion pre­mière de leur liberté.

Solenn Morel