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Ubac
Simon Boudvin
UBAC - Du 13 septembre au 3 novembre

Exposition du 13 sep­tem­bre au 3 novem­bre 2018
Vernissage mer­credi 12 sep­tem­bre 2018 à 18h

Dimanche 16 sep­tem­bre 2018 à 16h30, ren­contre avec Simon Boudvin,
dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine


Entretien entre Simon Boudvin et Solenn Morel, direc­trice du centre d’art Les Capucins, Embrun

Solenn Morel – Respectant la contrainte que tu t’es impo­sée d’un mot pour un titre, tu as inti­tulé ce nou­veau projet UBAC.
L’ubac est le ver­sant d’une vallée à l’ombre, appelé aussi l’envers, sou­vent boisé et peu peuplé. Pour un artiste qui aime explo­rer les plis du pay­sage, là où l’ordi­naire y est sou­vent le plus cru, rien d’étonnant à cette atten­tion portée à ce qui est sous-exposé. Mais d’où vient cet inté­rêt pour ce qui est habi­tuel­le­ment caché, stocké notam­ment à l’arrière des cours, dans les gara­ges ?

Simon Boudvin – On n’a pas l’habi­tude de pho­to­gra­phier ni de mon­trer le côté sombre de la mon­ta­gne, le ver­sant nord. On pré­fère son côté plus brillant, l’adret. UBAC annonce une expo­si­tion non spec­ta­cu­laire, com­po­sée de choses sim­ples, com­mu­nes, tra­ver­sées par des éléments qui nous dépas­sent, vues en contre-jour. En effet, j’essaie de limi­ter un titre d’expo­si­tion à un mot. J’évite ainsi toute com­bi­nai­son poé­ti­que. Le titre ne doit pas appor­ter une clé de lec­ture trop expli­ca­tive ou s’énoncer direc­te­ment comme un com­men­taire. Un mot qui a son auto­no­mie, un mot étrange avec une sono­rité étrange, c’est bien. On tombe dessus comme on tombe sur un pan­neau à l’entrée d’une com­mune dont le nom nous inter­roge.

S.M. – En par­lant de bord de route, les choses com­men­cent sou­vent par là, tu repè­res des sujets sur les fran­ges du pay­sage. Ce dépla­ce­ment du regard s’accom­pa­gne d’un autre dépla­ce­ment, celui des objets que tu emprun­tes, en l’occur­rence pour ce projet, des échelles. Tu en as choisi quel­ques unes remar­qua­bles, ancien­nes en bois ou plus récen­tes en alu­mi­nium, pour les expo­ser au centre d’art. Considères-tu que ce mou­ve­ment soit de même nature que celui d’un ready-made ?

S.B. – C’est vrai que je tra­vaille dehors. Tout part du dehors. Je ne déve­loppe pas vrai­ment un tra­vail d’ate­lier. Ta ques­tion sous-entend qu’est-ce qui fait œuvre : la démar­che ? ou ce qui est fina­le­ment donné à voir ? Ces échelles sont prê­tées par des habi­tants. C’est comme un grand dîner où chacun apporte sa chaise, où les biens par­ti­cu­liers se mêlent le temps d’un par­tage. Ça impli­que une dépos­ses­sion inté­res­sante. Les échelles sont des ready-made, mais réver­si­bles. Elles sont extrai­tes de leur contexte pour, le temps d’une expo­si­tion, sonder leur dimen­sion esthé­ti­que, l’atta­che­ment qu’elles génè­rent, l’ima­gi­naire qu’elles sou­lè­vent. Puis elles retour­ne­ront là d’où elles vien­nent.

S.M. – D’un réel saturé comme en témoi­gnent les pho­to­gra­phies du livre pré­senté aux côtés des échelles, qui ont été extrai­tes d’un tas d’autres objets en attente. Les four­bis, les réser­ves, les entre­pôts, où tu les as trou­vées, révè­lent des modes d’accu­mu­la­tion, d’empi­le­ment ; alors que ton expo­si­tion est, elle, très dépouillée, conden­sée, mini­male…

S.B. – La pre­mière pro­po­si­tion que je t’avais faite était de tra­vailler sur la jaille, le bazar qu’on stocke, pris en balance entre le musée per­son­nel et la déchet­te­rie, l’objet atta­chant et l’objet encom­brant. Tout ce qui pour­rait un jour servir et ne ser­vira peut-être à rien. Je crois que tout le monde reconnaît là un coin de chez soi ou par­tage à un endroit un sen­ti­ment simi­laire. Curieusement, ce fourbi est sou­vent très rangé et n’aurait pas pro­duit une expo­si­tion moins simple. Il reste un ves­tige de cette pre­mière piste de tra­vail dans la petite salle avec un tas de vieilles bri­ques, sim­ple­ment empi­lées en un volume régu­lier, un paral­lé­lé­pi­pède. Ce tas n’est qu’encom­bre­ment et poten­tiel. C’est tout. Un petit texte au mur témoi­gne juste de sa pro­ve­nance. Les échelles sont appa­rues d’elles-mêmes dans les recoins que je visi­tais. Elles étaient sto­ckées dans ce coin de bazar fami­lial ou pro­fes­sion­nel. Ce bazar, on le retrouve sur les cli­chés du livre.

S.M. – Oui, reve­nons au livre qui a été pro­duit à l’occa­sion de l’expo­si­tion 1. Il ras­sem­ble les images d’échelles croi­sées depuis Embrun jusqu’à la fron­tière, au col de l’Échelle qui tient son nom de l’échelle reliant his­to­ri­que­ment la France à l’Italie. Seulement je sup­pose qu’on ne com­prend pas tout de suite qu’il s’agit de pho­to­gra­phies d’échelles, car elles occu­pent une place déri­soire, celle qu’on a bien voulu leur faire dans ces endroits qui débor­dent de tout. Tu as par ailleurs opté pour un mode de prise de vue qui ne les isole pas du reste.

S.B. – Pas de zoom, une seule opti­que large, un cliché tou­jours ver­ti­cal : le mode de prise de vue s’est vite mis en place. L’échelle, tou­jours au centre, est assez inva­riante, mais indi­que la variété des lieux, les acti­vi­tés des gens sur la région. Aussi le livre est tout petit : ce n’est clai­re­ment pas l’échelle qui est à regar­der dans l’image, elle ne fait plus que quel­ques mil­li­mè­tres. De la même manière, ce qui est à voir dans les échelles pré­sen­tées au centre d’art, c’est sur­tout ce qu’elles convo­quent de nos sou­ve­nirs, de scènes, de pay­sa­ges. J’aime cet art qui met sim­ple­ment en espace des objets et déclen­che des ima­gi­nai­res vastes.

S.M. – Ça me rap­pelle qu’au début de nos échanges, tu avais évoqué le tra­vail de Jason Dodge qui conçoit des ins­tal­la­tions très sim­ples com­po­sées d’objets emprun­tés et accom­pa­gnées de légen­des. L’œuvre réside dans l’inter­valle entre ces choses, leur agen­ce­ment et les mots qui les dési­gnent. Selon une même économie de moyens, tu tends à inves­tir un autre espace ima­gi­naire, celui qui lie les objets aux per­son­nes qui les ont des­si­nées, réa­li­sées, croi­sées, regar­dées, uti­li­sées ou ran­gées.

S.B. – Oui. L’objet de départ, l’échelle, est un pré­texte. Le vrai sujet des photos, c’est le contexte. Remarque, ce tra­vail n’est pas spé­ci­fi­que au lieu. Il pour­rait être fait ailleurs sui­vant des règles simi­lai­res. Cependant, inver­se­ment, le lieu rend le tra­vail spé­ci­fi­que. L’époque aussi. La démar­che de l’expo­si­tion, du livre n’a pas besoin d’avoir un sens équivoque, par contre, elle peut trou­ver un écho. Aussi le texte de Thomas Giraud laisse place à une lec­ture ouverte.

S.M. – Il dis­tin­gue d’ailleurs la vue spec­ta­cu­laire qu’offrent les som­mets à celle autre­ment plus mesu­rée des cols. Là où tout n’est pas donné à voir d’un coup, où l’immen­sité est conte­nue dans un élément du pay­sage. Ici l’échelle devient motif.

S.B. – Motif, c’est le mot juste. Je choi­sis un objet comme un motif qui cons­truit la série, puis laisse entrer dans le champ plein d’autres objets des alen­tours. J’essaie de m’impo­ser une règle du jeu, puis de m’inté­res­ser à tout ce qui se passe en marge du jeu, aux nuan­ces qu’il révèle. Il m’arrive de m’écarter aussi de la ligne par ennui, et rêvas­ser, pho­to­gra­phier une fleur, une mon­ta­gne, une voi­ture. À pro­to­cole débile, résul­tats fins. C’est un emprunt à l’art concep­tuel ou du moins aux quel­ques figu­res de l’his­toire de l’art concep­tuel qui en ont saisi les moyens pour explo­rer leurs quar­tiers, plutôt que d’en engen­drer un délire onto­lo­gi­que sur la nature de l’art.

S.M. – Tu emprun­tes à l’art concep­tuel, seu­le­ment tu restes très atten­tif aux qua­li­tés plas­ti­ques des objets que tu expo­ses. Pour les échelles, tu sou­li­gnes leur aspect gra­phi­que et la manière dont elles des­si­nent l’espace du centre d’art, le révè­lent. Sans oublier le rap­port immé­diat au corps qu’elles ins­tau­rent, de part leurs pro­por­tions.

S.B. – C’est très beau une échelle. Quel que soit son design d’ailleurs. Je pense que c’est un sen­ti­ment par­tagé puis­que de nom­breu­ses per­son­nes nous les prê­tent fiè­re­ment. L’échelle parle en effet du corps et de l’espace. C’est un objet en deux dimen­sions qui nous permet de grim­per sim­ple­ment dans une troi­sième. Elle a le pas de nos pas. Ses bar­reaux et ses mon­tants se lais­sent saisir jus­te­ment. Elle a une seule posi­tion d’usage, pour une variété de posi­tions d’attente : cou­chée, accro­chée, dres­sée... L’ins­tal­la­tion marche très bien aux Capucins car l’image de l’échelle qui accède à une trappe déro­bée dans un coin de l’église, l’image de l’échelle accro­chée le long du mur de la grange, se retrou­vent natu­rel­le­ment mis en espace.

1 Un livre de Simon Boudvin, texte de Thomas Giraud, éditions P, 2018.