Apéro doc n°42 / Eliane Radigue
Jeudi 15 février 2018

Eliane Radigue, l’écoute vir­tuose
2011 , 65’ , cou­leur , docu­men­taire
Réalisation : Anaïs Prosaïc. Production : La Huit, Vosges Télévision Images Plus. Participation : CNC, Sacem, Procirep, Angoa.



Compagnon de route des Nouveaux Réalistes, col­la­bo­ra­trice de Pierre Schaeffer et de Pierre Henry, la com­po­si­trice Eliane Radigue s’initie à la musi­que électroacoustique dans les années 1950 pour se tour­ner ensuite vers le syn­thé­ti­seur. Après des années d’expé­ri­men­ta­tion soli­taire, elle délaisse aujourd’hui les machi­nes pour exer­cer son art de la modu­la­tion avec divers ins­tru­men­tis­tes.

L’émergence du mini­ma­lisme et de la musi­que concrète peut sem­bler une nou­velle forme d’archaïsme. Ecriture, phrase, expres­sion cèdent la place à l’impro­vi­sa­tion, au conti­nuum. Un uni­vers s’ouvre à l’inté­rieur du son. Ses fré­quen­ces, ses aspé­ri­tés, ses réso­nan­ces pro­met­tent des voya­ges infi­nis. Proche des bou­cles de Terry Riley ou des nappes de la musi­que spec­trale, la musi­que d’Eliane Radigue est une musi­que élémentaire. Archaïque parce qu’elle naît de l’explo­ra­tion d’une nou­velle nature, le cosmos de la tech­ni­que, faite d’ondes électriques, d’inter­fé­ren­ces, de sons qu’elle dis­ci­pline, comme une magi­cienne ferait ron­ron­ner un fauve. Musique non savante, non écrite, trans­mise ora­le­ment à ses inter­prè­tes. C’est ce mys­té­rieux face-à-face que donne à obser­ver le film : com­ment l’écoute vir­tuose d’Eliane Radigue passe de la mani­pu­la­tion du syn­thé­ti­seur à l’inte­rac­tion avec des musi­ciens (Rhodri Davies, Kasper T. Toeplitz, Les Lappetites...), dans une quête quasi mys­ti­que de l’har­mo­nie.

Sylvain Maestraggi