X attrape Y d’un bond, Z chute
Roxanne Maillet et Lina Schlageter

Avec la participation de l’école d’Aiguilles-en-Queyras, les classes de CP et CP-CE1 de l’école Pasteur d’Embrun, les élèves de Première option "art" et "histoire de l’art" du lycée Honoré Romane d’Embrun.

X attrape Y d’un bond, Z chute - Du 5 au 8 décembre

Vernissage jeudi 5 décem­bre à 17h, en pré­sence des artis­tes
Exposition ouverte les 6, 7 et 8 décem­bre de 15h à 18h

Samedi 7 décem­bre, de 15h à 17h : public adulte, ate­lier d’ini­tia­tion à l’écriture du mou­ve­ment (ciné­to­gra­phie Laban) par Lina Schlageter
Dimanche 8 décem­bre, de 15h à 17h : tout public, ate­lier de créa­tion typo­gra­phi­que sur t-shirt par Roxanne Maillet
Ateliers gra­tuits, sur ins­crip­tion par mail : cac.les­ca­pu­cins@g­mail.com

Pour cette 7ème édition du Noël de l’art, le centre d’art contem­po­rain Les Capucins accueille les œuvres réa­li­sées lors des rési­den­ces en milieu sco­laire aux mois d’octo­bre et novem­bre 2019. Roxanne Maillet, gra­phiste et typo­gra­phe, a été suc­ces­si­ve­ment en rési­dence à l’école élémentaire d’Aiguilles-en-Queyras, puis avec les clas­ses de CP et CP-CE1 de l’école Pasteur d’Embrun. Lina Schlageter (com­pa­gnie Nautes), dan­seuse inter­prète et cho­ré­gra­phe, a elle été invi­tée pour un work­shop inten­sif d’une semaine auprès des élèves de Première option « art » et « his­toire de l’art » du lycée Honoré Romane d’Embrun.

Bien que leurs pra­ti­ques artis­ti­ques res­pec­ti­ves - la typo­gra­phie et la danse - nous lais­sent peut-être pré­sa­ger du contraire, ces deux artis­tes sont for­te­ment en lien avec les arts plas­ti­ques. Traditionnellement, le dessin de carac­tère répond à un cadre strict qui est celui de l’écriture, de l’indus­trie du livre et du monde de l’impri­me­rie. Toutefois il s’agit d’un champ de la créa­tion qui est régu­liè­re­ment investi comme un lieu d’expé­ri­men­ta­tion, voire de pro­jec­tion uto­pi­que. C’est de cette façon que Roxanne Maillet l’aborde, ce qui l’amène natu­rel­le­ment à col­la­bo­rer avec des artis­tes contem­po­rains.

Dans le cadre de sa rési­dence, Roxanne Maillet a centré sa recher­che typo­gra­phi­que sur le dessin de carac­tère, c’est-à-dire le dessin des let­tres de l’alpha­bet. Elle a pris pour point d’ori­gine la clas­si­fi­ca­tion typo­gra­phi­que « Codex 1980 » de Jean Alessandrini qui orga­nise et renomme les poli­ces selon leur carac­té­ris­ti­ques esthé­ti­ques et for­mel­les. Il s’agit d’un geste pou­vant paraî­tre simple et désuet mais qui a cepen­dant bou­le­versé les mœurs typo­gra­phi­ques au tour­nant du XXème siècle et permis à Roxanne Maillet d’affi­ner ses connais­san­ces et pren­dre posi­tion dans sa pra­ti­que artis­ti­que.
Intégrer la pra­ti­que du dessin de carac­tère à l’appren­tis­sage des tous petits est une façon d’abor­der « de l’inté­rieur » les formes typo­gra­phi­ques et de mieux les com­pren­dre. Cela permet d’appren­dre à regar­der, et com­pren­dre com­ment fonc­tion­nent ces drôles d’objets gra­phi­ques. Ainsi, on se rend compte qu’il faut du temps pour déve­lop­per une typo­gra­phie et que les let­tres que nous appre­nons à l’école ne se sont pas inven­tées toutes seules !
Chaque élève a choisi une lettre de l’alpha­bet à laquelle il ou elle a asso­cié un mot com­men­çant par cette lettre. Puis chacun et cha­cune a assem­blé le mot et la lettre en un seul et unique élément pour cons­ti­tuer une « lettre-image », une lettre qui prend la forme du mot. Ainsi chaque école a conçu un abé­cé­daire com­posé de toutes ces let­tres-images et qui - une fois retra­vaillé numé­ri­que­ment par l’artiste - est devenu une typo­gra­phie ori­gi­nale uti­li­sa­ble sur ordi­na­teur : La Queyrassine et l’Embrunaise !

De son côté, les créa­tions cho­ré­gra­phi­ques de Lina Schlageter se trou­vent à l’inter­sec­tion des arts visuels et de la danse. La dimen­sion gra­phi­que de ses recher­ches fait natu­rel­le­ment écho au tra­vail de Roxanne Maillet. Son inté­rêt pour la tra­duc­tion de la danse en éléments visuels et en signes gra­phi­ques (notam­ment dans le but d’en écrire les par­ti­tions) s’est lar­ge­ment nourri de ses études supé­rieu­res au Centre National de la Danse Contemporaine d’Angers. Elle y a tra­vaillé auprès de la cho­ré­gra­phe Dominique Brun sur les archi­ves du dan­seur et cho­ré­gra­phe russe Vaslav Nijinski et en par­ti­cu­liers sur l’une de ses œuvres majeu­res pour les Ballets Russes Le Sacre du Printemps. L’atten­tion de Lina Schlageter pour la dimen­sion « imagée » autant qu’ « écrite » de la danse l’a amenée à col­la­bo­rer avec des artis­tes plas­ti­cien­nes dont le chemin croise celui de la per­for­mance : Angélique Buisson (en rési­dence à Embrun l’hiver der­nier) et la pein­tre Flora Moscovici.
Au cours d’une semaine d’ate­lier inten­sif au lycée d’Embrun, elle a initié les étudiants aux prin­ci­pes de base de la Cinétographie Laban. L’inven­teur de ce « lan­gage » de la danse, le cho­ré­gra­phe et dan­seur hon­grois Rudolf Laban, était un membre notoire de la com­mu­nauté artis­ti­que de Monte Verità à Ascona en Suisse durant la Première Guerre Mondiale, où il fonda une école de danse moderne.
L’ana­lyse et l’écriture du mou­ve­ment déployées par Laban per­met­tent d’abor­der le mou­ve­ment dans une accep­tion large, pre­nant comme réfé­rence les mou­ve­ments du corps humain debout. Ainsi, les élèves peu­vent entrer dans la danse sans y penser uni­la­té­ra­le­ment en termes d’esthé­ti­que ou de tech­ni­que spé­ci­fi­que, mais en ana­ly­sant leur propre rap­port au mou­ve­ment. Au cours des ate­liers, l’enjeu n’est pas d’acqué­rir une maî­trise de ce code très tech­ni­que, mais plutôt d’en cher­cher les limi­tes et d’en explo­ser le cadre. Lina Schlageter pro­pose ainsi d’explo­rer les alen­tours de la par­ti­tion, de la tordre et de la refor­mu­ler, de ne pas se tenir uni­que­ment à sa forme ini­tiale, mais de la méta­mor­pho­ser pour en faire un poème ou une image.

Karin Schlageter