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TWISTED
Morgan Courtois
TWISTED - Du 16 septembre au 6 novembre

Morgan Courtois sculpte la lisière des matiè­res, là où siè­gent dans une com­pli­cité volup­tueuse, l’ombre et la lumière. Il sculpte des corps, inti­mes et tendus. Des corps qu’il pho­to­gra­phie dans des pos­tu­res dis­tor­ses avant d’en agran­dir des frag­ments et de les tra­duire en impo­sants volu­mes ver­ti­caux. 

Ce sont des corps à la géo­gra­phie abs­traite, sans début, ni fin. Les val­lons et les ravins que des­si­nent les plis d’une ais­selle ou une peau bour­sou­flée ne suf­fi­sent pas à com­po­ser un ter­ri­toire connu. Ces sculp­tu­res ne car­to­gra­phient rien d’autre qu’elles-mêmes, une sur­face sem­bla­ble à un tissu flou, souple et ins­ta­ble. Une légè­reté lit­té­rale dans laquelle réside pour­tant une forte puis­sance évocatrice, à la fois phy­si­que et émotionnelle.

L’artiste cher­che à saisir quel­que chose des ondu­la­tions inté­rieu­res du corps, ses mou­ve­ments imper­cep­ti­bles. Il pour­suit en cela les recher­ches menées par les artis­tes ita­liens du Quattrocento et Cinquecento notam­ment, autour de la mor­bi­dezza, qui défi­nit la mol­lesse et la déli­ca­tesse dans le modelé des chairs. Une mol­lesse empreinte de dou­ceur, de non­cha­lance gra­cieuse. Elle se révèle par un trai­te­ment onc­tueux des matiè­res, des nuan­ces de cou­leurs sub­ti­les, une com­po­si­tion har­mo­nieuse et dif­fuse. Au 17ème siècle, Le Bernin avait sus­cité quel­ques émois par ses repré­sen­ta­tions des corps jugées très réa­lis­tes et sur­tout le trou­ble sen­suel qu’elles pou­vaient pro­vo­quer auprès des spec­ta­teurs.

La vue, mais plus encore peut-être l’odorat, le sens qui serait le plus for­te­ment lié à la mémoire émotionnelle, peu­vent éveiller inten­sé­ment les affects. Depuis plu­sieurs années, Morgan Courtois réa­lise des par­fums qu’il dif­fuse à tra­vers ses sculp­tu­res. Les fra­gran­ces sont conte­nues pour cette expo­si­tion dans les baumes qui recou­vrent la sur­face des plâ­tres. Des macé­rats d’hibis­cus, de rose, de mauve, de peaux de clé­men­tine et de bleuet mélan­gés à de la cire. Plus qu’une valeur orne­men­tale, les sen­teurs agis­sent direc­te­ment sur l’état émotionnel des visi­teurs. L’adré­na­line est de ceux que l’artiste tente de faire éprouver ici. En dépit du carac­tère évanescent des corps repré­sen­tés, il y a ainsi une coïn­ci­dence sai­sis­sante entre leur forme et ce qui la cons­ti­tue, car ces sculp­tu­res suent. Elles trans­pi­rent l’exci­ta­tion, la peur, le désir. Le parfum contri­bue à affi­ner le regard, il le guide dans cette explo­ra­tion sen­si­ble du corps étranger.

Alors que ces sculp­tu­res révè­lent à leur sur­face une cha­leur propre à la sen­sua­lité des chairs, elles com­por­tent au moins deux faces repro­dui­sant la géo­mé­trie des pilas­tres qui jalon­nent l’ancienne église des Capucins. Elles sont un corps hybride, un monu­ment orga­ni­que, réduc­tion d’archi­tec­ture, qui sur­plombe le regard du visi­teur. Elles font corps entre elles et avec le lieu. Elles sont le corps et son lieu. 

Accrochée au mur comme des bas-reliefs, l’artiste pré­sente, par ailleurs, une dizaine de bron­zes à la cire perdue, dont les sur­fa­ces ont été agres­sées, avec plus ou moins de vio­lence, par des acides. Les atta­ques infli­gées sont par­ti­cu­liè­re­ment remar­qua­bles alors que les tran­ches ont, elles, été pour la plu­part épargnées. Des effets d’iri­sa­tion confè­rent à cette chair, pour­tant meur­trie, rigide, sombre, une beauté éthérée, que le bronze a figée. Le mou­ve­ment n’est plus, il s’est épuisé. 

Au même moment, tour­nent en boucle sur un écran des cen­tai­nes de pho­to­gra­phies prises par l’artiste depuis 2016. De l’aube jusqu’au cré­pus­cule, des images de plan­tes, de nus, d’orne­ments. Elles défi­lent à un rythme effréné, une dizaine par seconde. Nous les voyons à peine, elles nous hyp­no­ti­sent. Elles disent que c’est fini, mais l’adré­na­line que pro­cure cette cer­ti­tude les fait danser à nou­veau.

Solenn Morel


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