Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Photo Eric Tabuchi
Les montagnes déplacées
Simon Boudvin, Aurélie Godard, Jérémie Gindre, Seulgi Lee, Eric Tabuchi

Exposition du 27 octo­bre au 02 décem­bre 2012



Je suis venue à Embrun la pre­mière fois, en juin der­nier, par le train de Valence. 3h30 de tra­ver­sée d’un pay­sage que je ne me las­sais pas de contem­pler, par­cou­rant du regard un relief de plus en plus acci­denté. Je ne connais pas bien la mon­ta­gne, je l’avais sim­ple­ment croi­sée à l’occa­sion de quel­ques brefs voya­ges et au hasard de lec­tu­res, de Jean-Jacques Rousseau à René Daumal. J’arri­vais ainsi dans les Hautes-Alpes avec quel­ques images en tête, super­po­si­tions de sou­ve­nirs et de repré­sen­ta­tions fan­tas­mées et guet­tais alors avec une curio­sité impa­tiente son appa­ri­tion magis­trale. Je me pré­pa­rais à me sentir toute petite, déri­soire comme seul le spec­ta­cle de l’immen­sité de l’océan peut y par­ve­nir. La mon­ta­gne est gigan­tes­que, elle s’impose comme fron­tière natu­relle et nous ren­voie à notre humble condi­tion d’humain, seu­le­ment la fas­ci­na­tion qu’elle exerce vient pro­ba­ble­ment d’ailleurs, car elle est aussi l’indice des forces tel­lu­ri­ques qui ont des­siné le monde. elle est le témoi­gnage des fon­de­ments de la créa­tion. Elle est cette chose mani­feste, cette bar­rière infran­chis­sa­ble, mais aussi cette autre chose, insai­sis­sa­ble, qui se dérobe.

Ainsi quand j’ai com­mencé à réflé­chir à cette pre­mière expo­si­tion, il m’a semblé impor­tant de reve­nir sur ce qui m’avait le plus marqué lors de ma décou­verte d’Embrun : ces mon­ta­gnes immo­bi­les encer­clant la cité. Je me suis deman­dée com­ment ce motif pour­rait entrer en réso­nance avec des recher­ches artis­ti­ques. Qu’est-ce que ces mon­ta­gnes pou­vaient bien ques­tion­ner ? La réponse était jus­te­ment dans cette part indi­cielle qu’elles sug­gé­raient, ce qu’elles racontaient au-delà de leur pré­sence inti­mi­dante. Cette rela­tion entre le visi­ble et ce qui est sous-jacent est aussi ce qui lie les pièces des artis­tes de l’expo­si­tion. Au-delà de leur diver­sité plas­ti­que et réfé­ren­tielle, ces tra­vaux racontent quel­que chose qui dépasse la forme dans laquelle ils se concré­ti­sent. Ils sont l’abou­tis­se­ment d’une his­toire hors champ dont par­fois seu­le­ment quel­ques indi­ces sont livrés. Au visi­teur ensuite de la recons­ti­tuer. Qu’ils s’agis­sent des pho­to­gra­phies docu­men­tant une ancienne ardoi­sière des Ardennes de Simon Boudvin, des des­sins de glis­se­ments de ter­rain de Jérémie Gindre, des formes sculp­tu­ra­les en bois d’Aurélie Godard, de la cou­ver­ture de tra­di­tion coréenne de Seulgi Lee et des pho­to­gra­phies récu­pé­rées sur inter­net d’Eric Tabuchi, tous rela­tent un voyage de formes dont on ne connaît ni vrai­ment le début, ni la fin. Un voyage où se mêlent le vrai et le faux, l’abs­trait et le sym­bo­li­que, à l’image du Matterhorn, mon­ta­gne arti­fi­cielle du parc Disneyland, qui dans les moteurs de recher­che google, appa­raît avant son modèle, le Cervin.

Solenn Morel