Photo Eric Tabuchi
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a certain ratio
Aurélie Godard

Avec la participation d’Éléonore Cheneau, Sarah Duby et Eric Tabuchi

Exposition du 27 sep­tem­bre au 11 novem­bre 2013


A cer­tain ratio est un groupe de Manchester, formé en 1978. Il a marqué, à l’époque, la scène musi­cale par l’intro­duc­tion d’un son nou­veau, un mix entre house music, punk et funk. Une inte­rac­tion des genres qui n’est pas sans évoquer leur nom d’artis­tes, même si celui-ci impli­que plutôt une rela­tion de coexis­tence entre deux enti­tés. Le ratio mesure, en effet, le rap­port (de gran­deur, de masse, de quan­tité…) d’une chose par une autre chose. C’est cette notion d’inter­dé­pen­dance, qui inté­resse Aurélie Godard et lui a ins­piré le titre de cette expo­si­tion au centre d’art contem­po­rain d’Embrun.

Une his­toire d’entre-deux qui com­mence dans ce projet par le dia­lo­gue qu’Aurélie Godard a engagé avec d’autres artis­tes : Éléonore Cheneau, Sarah Duby et Eric Tabuchi. Avec chacun d’eux, elle a col­la­boré à l’élaboration de pièces spé­ci­fi­ques, éléments à la fois auto­no­mes et dépen­dants d’un tout défini et orga­nisé. Les oeu­vres issues de ces asso­cia­tions ont la par­ti­cu­la­rité de n’être jamais uni­vo­ques, s’ins­cri­vant dans un maillage de réfé­ren­ces mul­ti­ples. Elles sont une chose sai­sis­sa­ble et une autre, plus ambi­guë, une matière invi­si­ble qui anime le ter­ri­toire fluc­tuant de l’inter­pré­ta­tion.

Aurélie Godard s’inté­resse à l’écart qui existe entre les objets et leur repré­sen­ta­tion, notam­ment à tra­vers la méta­phore du cosmos, cet espace d’explo­ra­tion infini. Entre don­nées scien­ti­fi­ques et énoncés ima­gi­nai­res, elle donne forme aux forces qui agis­sent dans l’uni­vers. Le tore est ainsi l’un de ses motifs récur­rents, en tant que repré­sen­ta­tion de la terre qui tourne autour d’elle-même mais aussi autour du soleil. On le retrouve à tra­vers plu­sieurs pièces de l’expo­si­tion : les bal­lons de foot­ball recou­verts de pein­ture, une maquette d’anneau de vitesse auto­mo­bile réa­li­sée en mar­que­te­rie, mais aussi à tra­vers le schéma de Kepler (qui a com­plété les recher­ches de Nicolas Copernic, le pre­mier à sub­sti­tuer la repré­sen­ta­tion anti­que de l’uni­vers par l’hélio­cen­tri­que) qu’Aurélie a repro­duit sur une des cimai­ses des Capucins.

Autant de repré­sen­ta­tions, qui asso­ciées les unes aux autres, esquis­sent dans l’espace du centre d’art - une ancienne église réha­bi­li­tée (lieu sym­bo­li­que entre terre et ciel) - une car­to­gra­phie du monde sub­jec­tive et ima­gi­naire. Une carte à l’inté­rieur de laquelle le visi­teur peut appré­hen­der phy­si­que­ment l’espace de l’insai­sis­sa­ble. Les maquet­tes y appa­rais­sent déme­su­rées, les plans qua­si­ment abs­traits, les modu­les de ce qui sem­blent être des frag­ments d’archi­tec­tu­res, impra­ti­ca­bles.

A cer­tain ratio
décrit un monde incom­plet, un monde d’entre-deux où l’ima­gi­naire est au ser­vice de la science et la déduc­tion de l’obser­va­tion. Un monde où, comme l’espace, le temps s’échappe et nous échappe. Les artis­tes ten­tent ainsi d’en capter les coïn­ci­den­ces avec les objets. À tra­vers notam­ment les réflec­teurs solai­res en céra­mi­que, posés au sol, en attente d’être acti­vés par un hypo­thé­ti­que rayon de soleil péné­trant le centre d’art. La lumière, tra­çant chaque jour une nou­velle tra­jec­toire, légè­re­ment dif­fé­rente de la veille, révèle au hasard de ses ren­contres (ou non) avec la sur­face des choses, les mou­ve­ments imper­cep­ti­bles du monde. Selon ses mani­fes­ta­tions, elle influe également sur notre per­cep­tion des cou­leurs, autre com­po­sante de l’expo­si­tion. Qu’elles soient vives et inten­ses comme celles qui recou­vrent les bal­lons, et enca­drent avec de larges aplats des appli­ques mura­les en carton, ou plus douces comme celles des maté­riaux lais­sés bruts, prin­ci­pa­le­ment du bois, elles par­ti­ci­pent à créer un ensem­ble très pic­tu­ral. L’expo­si­tion se per­çoit ainsi à tra­vers ses volu­mes, ses formes et ses reliefs, mais aussi à tra­vers ses varia­tions chro­ma­ti­ques.

Loin de tour­ner en rond, de se figer dans des sys­tè­mes clos, les oeu­vres pré­sen­tées se ren­dent dis­po­ni­bles à l’aléa­toire, aux ren­contres heu­reu­ses avec les mou­ve­ments de l’uni­vers et de l’ima­gi­naire. Poursuivant leur voyage entre réel et fic­tion, elles pré­ser­vent tout leur poten­tiel d’évocation.
Dans A cer­tain ratio, l’his­toire n’est jamais unique, ni défi­ni­tive, évitant ainsi de s’expo­ser à sa propre fin.

Solenn Morel