Anna Principaud, <i>Les mains calleuses - le pont</i>, plante poussière, promenade-performance, 2014
Anna Principaud, Les mains calleuses - le pont, plante poussière, promenade-performance, 2014
Anna Principaud

Nous avons le plai­­sir de vous annon­­cer que la lau­­réate au pro­­gramme de rési­­dence de recher­­che 2019 est Anna Principaud.

Diplômée de l’Ecole Nationale d’Arts de Cergy-Pontoise en 2011, Anna Principaud a étudié aupa­ra­vant les scien­ces de la matière, notam­ment la chimie à l’ENS Ulm jusqu’en 2005.

Sa recher­che artis­ti­que se déve­loppe à tra­vers dif­fé­rents médiums : la sculp­ture, l’objet, l’ins­tal­la­tion, la gra­vure, l’écriture mais également et de plus en plus à tra­vers des actions, des formes per­for­mées. Son tra­vail vient répon­dre à des émotions, des affects qui, parce qu’ils tra­ver­sent et cons­ti­tuent un ter­ri­toire, une société, l’inter­pel­lent de manière à la fois intime et déjà en rap­port avec le « nous ». Ainsi elle porte une atten­tion par­ti­cu­lière à la ques­tion du geste, de la rela­tion, à la place du spec­ta­teur et aux qua­li­tés d’espa­ces que ces formes d’atten­tion déploient.

À propos de sa recher­che à Embrun :
"Le texte sur lequel j’ai tra­vaillé est né d’une série d’entre­tiens réa­li­sés avec dif­fé­ren­tes per­son­nes (de dif­fé­ren­tes régions) à qui j’ai demandé si elles avaient une anec­dote, une his­toire à me raconter sur ces peti­tes par­ti­cu­les : pollen, pous­siè­res, par­ti­cu­les fines, toutes ces choses qui sont dans l’air et dans les conver­sa­tions… En avan­çant dans cette recher­che, à tra­vers des lec­tu­res aussi, je n’ai fait que l’élargir tou­jours plus, car à partir de ce thème, cette pous­sière, on peut parler de tout : d’envi­ron­ne­ment, de santé, de tra­vail, d’atomes, de galaxies, de chants des dunes, de batailles, de répres­sion, de vio­lence, de dou­ceur, d’archi­tec­ture, de bois, de com­mu­nauté, d’immu­nité, de mémoire, de son, d’appa­ri­tion, de fête, d’enfance,… bref de beau­coup beau­coup de choses. A chaque bifur­ca­tion, mille nou­veaux che­mins se sont ouverts et ma tache s’en ai trouvé com­pli­quée…

N’étant pas démiurge, je suis reve­nue à cette matière de base, les inter­views, douze en tout, que j’ai retrans­crit, accolé, cousu ensem­ble. J’ai enlevé tous les points et toutes les vir­gu­les et j’ai abouti à un long texte, un texte « asphyxié », de pre­mier abord dif­fi­cile à lire. Je vois tous ces mots comme en sus­pen­sion dans l’air, des points dis­crets qui for­ment comme une gri­saille. C’est comme une matière, une étendue, une forêt plan­tée qui a besoin d’être révé­lée par un geste, un rayon de lumière, un par­cours, un souf­fle, un timbre de voix…
En le lisant j’ai eu le sen­ti­ment que c’était comme une longue plainte. J’ai pensé qu’elle pour­rait passer dans une autre dimen­sion si elle était chan­tée à la manière d’une psal­mo­die, d’une com­plainte médié­vale, d’un chant poly­pho­ni­que, d’un chant à inven­ter… C’était une intui­tion. J’ai pu avan­cer un peu dans ce sens en ren­contrant ici quel­ques per­son­nes qui pra­ti­quent le chant et qui ont eu envie de voir avec moi ce que ce texte a dans le ventre, dans la voix."